pension de notre Camarade - Docteur Johan Vandepaer

pension de notre Camarade - Docteur Johan Vandepaer

17 mai 2018

« Transmets Ă  Johan toute ma gratitude pour m'avoir gardĂ© en bonne santĂ© et mon admiration pour le combat acharnĂ© et juste qu'il a toujours menĂ© contre le système capitaliste et pour une sociĂ©tĂ© solidaire et socialiste. Fraternellement, depuis GijĂłn, en Espagne. Mario Lada Â»

C’est avec la lecture de ce bel hommage qu'Amandine Linotte, coordinatrice de la maison mĂ©dicale MĂ©decine pour le peuple de Herstal, a dĂ©marrĂ© la soirĂ©e samedi 16 mai Ă  Herstal Ă  l’occasion de la pension de notre camarade-docteur, Johan Vandepaer.  

Johan est arrivé à Herstal en 1978 avec sa femme, la camarade Lieve Dehaes. Comme d’autres jeunes militants du PTB, Johan et Lieve ont fait le choix de travailler en usine. Une décision qui leur a permis de vivre la situation des travailleurs. Le 20 décembre 1979, a démarré la grève des médecins (soutenu par l’Ordre des Médecins). Une des rares grèves que nos 2 camarades n'ont pas soutenues. Cette grève avait pour but de protéger les intérêts (financiers) d’une certaine caste de médecins. C’est dans ce contexte de grève de soins – une situation d’urgence - que la maison médicale "médecine pour le peuple Herstal " a été crée (plus tôt que prévu).

 

Mais d’oĂą vient cet engagement, d’oĂą vient ce choix de se mettre du cĂ´tĂ© des travailleurs quand on est un jeune mĂ©decin ? 

Johan Vandepaer :

"Tout d’ abord la grève des mineurs au Limbourg en 1966. Ils protestaient contre la fermeture de la mine de Zwartberg. Lors d’une manifestation pacifique des mineurs et leurs familles et enfants, la gendarmerie a chargé … Plus tard la gendarmerie a tiré à balles réelles et 2 ouvriers ont été tués. Révoltant et interpellant. Dans quelle société vivons nous? une société qui n’a aucune considération pour les travailleurs qui au péril de leur santé vont chercher le charbon, source d’énergie et de richesse à l’époque. Une société, où les puissants envoient la gendarmerie avec des gaz lacrymogènes et des balles réelles contre les travailleurs? Et j’ai choisi le camp des ouvriers-mineurs. Notamment en allant travailler comme ouvrier en sidérurgie à Arcelor Mittal Chertal.

Aussi le docteur Norman BĂ©thune, cĂ©lèbre chirurgien canadien qui est partie rejoindre les antifascistes dans la guerre d’Espagne en 1936-37. Il a organisĂ© un service mobile (avec des camionnettes rĂ©frigĂ©rĂ©es) de transfusion sanguine, afin de sauver la vie des combattants au front. Je trouvais cela gĂ©nial et inspirant : mettre les techniques mĂ©dicales de pointe au service des combattants contre les puissances fascistes (Franco, Mussolini et Hitler). Après il a Ă©tĂ© rejoindre l’armĂ©e de libĂ©ration de Mao en Chine, oĂą il a apportĂ© non seulement ses compĂ©tences chirurgicales au front, mais Ă©galement organisĂ© la formation accĂ©lĂ©rĂ© de personnel mĂ©dical (les mĂ©decins aux pieds nus). Il a Ă©tĂ© Ă©galement le « père spirituel Â» de centre de soins intĂ©grĂ©s (les maisons mĂ©dicales) et de leur financement au forfait."

 

Servir le Peuple au quotidien qu’est-ce que cela veut dire?

Johan Vandepaer :

"J’aurais pu faire carrière comme tout mĂ©decin classique, mais j’ai fait le choix de vivre comme tout le monde avec un salaire de travailleur et dans un quartier populaire de Herstal. En fait « servir le peuple Â» au quotidien cela veut dire utiliser ses connaissances apprises Ă  l’universitĂ© pour faire avancer les gens, en tant que personnes et en tant que collectivitĂ©.

Je me souviens de deux familles nombreuses modestes au début de ma carrière comme médecin généraliste à Herstal. Ils étaient mal (et pas très salubre) logés avec trop peu d’espace avec toutes sortes de conflits familiaux comme conséquence. La santé ce n’est pas seulement les gènes, mais surtout des facteurs d’environnement (famille, habitation, travail). Donc j’ai fait appel – avec insistance - aux responsables de la société de logement afin de trouver une habitation sociale approprié pour ces familles. Avec succès.

Il y a eu des interventions qui dĂ©passent le cadre familial des patients. Par exemple, dĂ©but des annĂ©es 90, j’ai eu Ă  ma consultation 2 patients qui travaillent Ă  Fiberglas, une usine Ă  Battice dans le pays de Herve qui fabriquait de la fibre de verre (notamment certains panneaux de carrosserie de CitroĂ«n). Ces patients avaient mon âge et Ă  la fin de la journĂ©e de travail ils Ă©taient complètement extĂ©nuĂ©s. Pas normal !

Je les ai interrogĂ©s sur les conditions de travail et il y avait un gros souci. En mĂŞme temps, un de mes stagiaires-mĂ©decins avait un membre de la famille qui travaillait aussi Ă  cette usine (dans le « tunnel Â») et il se plaignait aussi des conditions de travail. De fil en aiguille, avec ces patients, on a pris contact avec la dĂ©lĂ©gation syndicale de l’usine qui nous a envoyĂ© une trentaine de travailleurs que nous avons interrogĂ©s et examinĂ©s. Et leur histoire Ă©tait concordante: il y avait bien un problème de produits chimiques liĂ© Ă  la production de la fibre de verre. Finalement, on avait appris que Fiberglas produisait de la fibre de verre en Suède et en France avec des outils plus modernes et moins polluants pour les travailleurs. Avec toutes ces donnĂ©es MĂ©decine pour le Peuple a sorti une brochure que nous avons vendue Ă  l’entrĂ©e de l’usine.

La direction s’est vue obligée d’organiser des réunions pendant les heures de travail dans toutes les équipes pour répondre à notre brochure. Résultat: des investissements dans des outils moins polluants, et très probablement que notre action a contribué à maintenir l’emploi à l’usine.

Médecine pour le peuple parle souvent d’empowerment (donner aux gens les éléments pour qu’ils deviennent acteurs du changement et qu’ils se mettent en marche). Notre action concernant Fiberglas en est un bel exemple. Si l’on sensibilise et organise les gens, on peut obtenir des victoires.

Un autre exemple c’est l’ordre des médecins. Depuis 1979 – la grève des médecins- les médecins de médecine pour le peuple (et d’autres, en tout 300) refusent de payer la cotisation à cet organisme, qui défend une éthique d’une autre époque. En 1984, l’ordre a envoyé les huissiers pour récupérer la cotisation par une saisie de nos meubles, quand on habitait rue Louis Demeuse. Mais c’était sans compter que nos patients n’allaient pas laisser faire. Une manifestation à été organisée devant notre appartement. Nous avons également occupé notre maison médicale. Cela nous a permis de manger tous ensemble une paella géante, préparée par nos patients espagnols, dont la majorité avait fui le régime de Franco et qui ne pouvaient pas laisser la justice bourgeoise attaquer leurs médecins. J’ ai donc pu garder mes meubles.

Je pourrais vous parler Ă©galement de notre action pour l’application du modèle Kiwi : en 2005 nous avons rĂ©coltĂ© Ă  notre maison mĂ©dicale plusieurs milliers de signatures pour une pĂ©tition qui rĂ©clamait une autre politique du mĂ©dicament : un système d’appel d’offres afin de diminuer le prix des mĂ©dicaments pour la sĂ©curitĂ© sociale et pour les patients."

 

Ton action ne s’est pas limité à notre pays, puisque tu es parti en 1994 en mission au Rwanda après le génocide.

Johan Vandepaer :

"Je ne vais pas m’étendre sur cette mission car je veux surtout parler de toutes et tous les autres camarades qui sont partis dans diffĂ©rents pays du tiers monde dans un esprit d’internationalisme. Plus particulièrement mon compagnon Ă  l’universitĂ© Michael Dewitte qui est parti comme mĂ©decin au Salvador – sous le nom de Sebastian - dans les annĂ©es 80 pour aider la guĂ©rilla et qui a Ă©tĂ© tuĂ© pendant son service. Notre maison mĂ©dicale Ă  Genk s’est inspirĂ© de son esprit et s’appelle « centre de soins Michael Dewitte Â».

Notre camarade Hans Krammisch a fait parti d’une mission médicale en Palestine fin des années 80.

En 1992, Lieve Dehaes et Jilali Laouej ont participĂ© Ă  une mission pendant la première guerre en Irak (guerre pour le pĂ©trole), avec des scientifiques Nord-AmĂ©ricains pour mesurer l’impact de la guerre sur la santĂ© de la population." 

 

Comment conçois-tu l’avenir ?

Johan Vandepaer :

"Par rapport aux années 70-80 quand j’ai débuté comme médecin, les actions pour une médecine accessible et une sécurité sociale digne de ce nom sont plus nécessaires qu’à l’époque. La Ministre libérale Maggy Deblock (médecin généraliste) diminue le remboursement de certains médicaments indispensables pour donner plus aux firmes pharmaceutiques et elle s’oppose aux forfait et attaque l’existence des maisons médicales. Je suis très confiant et fier de la nouvelle génération de notre maison médicale qui s’est rendue à plusieurs reprises devant le cabinet de cette ministre Maggy Deblock pour contester ses mesures et pour défendre une médecine accessible à tous. Ou encore quand nous sommes partis à Maastricht au printemps 2017 pour défendre le modèle Kiwi.

Un autre libéral et aussi médecin c’est le ministre des pension, Mr. Bacquelaine, prépare une réforme des pensions. Il parle de réforme, mais c’est en fait une attaque en règle contre le système de pension que les partenaires sociaux ont établi depuis 1944, depuis la création de notre système de sécurité sociale.

Il veut nous faire travailler plus longtemps jusque 67 ans pour moins de pension et instaurer un système de pension à points. Points qui seront déterminés notamment par l’âge moyen de la population, l’état des finances publiques et dont on ne connaît pas la valeur à l’avance, c’est une sorte de lotto. Dans les pays où un tel système a été instauré, les travailleurs sont contre, parce que la pension à points signifie moins de pension… Ici aussi les travailleurs de santé de médecine pour le peuple sont à l’avant-plan de la lutte."

 

Tu es pensionnĂ© mais ton engagement ne s’arrĂŞte pas. 

Damien Robert, président de province :

"Johan a été très actif dans la section du PTB Herstal pour la récolte des enquêtes qui va nous permettre d’élaborer notre programme d’action pour les élections communales. Je voudrais d’ ailleurs profiter de cette occasion pour remercier- au nom de la direction provinciale- Johan et aussi tous les camarades de la première génération."

 

Remerciements pour les différentes prises de paroles :

Paula Hertogen qui a été coordonnatrice de la maison médicale de 1990 à 2008.

Kris Hertogen: patients de Johan et qui a été président de la province et diriger la campagne électorale de 2000 date à laquelle Johan est entré (avec Nadia) au conseil.

Anne-Marie Baltasart: ex permanente CNE et ex- conseillère communale Écolo

Cayetano Carbonero: patient de Johan et ancien responsable du PC Espagnol en Belgique 

Céline Mendels Flandre: médecin à médecine pour le peuple Herstal.

Damien Robert: président de province et conseiller communal à Seraing.